Un devenir flou, un idéal clair

Quelle ville demain, entre celle que l'on projette et celle que l'on souhaite ? Les citadins redoutent la pression démographique, qui fait craindre un manque d'espace. Au-delà, la ville telle que les citadins pensent qu'elle évoluera les fait balancer entre optimisme global et préoccupations individuelles : si la ville devrait évoluer dans le bon sens, ils s'inquiètent de leurs conditions de vie à titre personnel.
Quant à la ville rêvée, elle devrait être plus conviviale, plus verte et plus aérée, mais aussi très normée et contrôlée... presque aseptisée.

Tous en ville ?

Une nette majorité des urbains (57 %) craint que la pression démographique mondiale ait à terme une influence négative sur sa ville, et vit cette perspective avec une forte appréhension. La ville rêvée est beaucoup plus conviviale.

Mais cette crainte s'avère de fait localisée : elle concerne surtout Mexico (75 %), Alexandrie (73 %) et, dans une moindre mesure,Tokyo (70 %), soit autant de villes déjà soumises à une forte densité urbaine. À l'inverse, les métropoles nord-américaines se montrent relativement indifférentes au phénomène (35 %, contre 28 % pour l'ensemble).
Enfin, la pression démographique n'est considérée comme un facteur positif dans aucune des villes concernées par l'enquête.

Toutefois, si fort que soit ce niveau d'inquiétude, les personnes interrogées persistent majoritairement dans l'idée que l'humanité continuera,même dans un avenir lointain, de se répartir entre ville et campagne. En dépit des projections aujourd'hui officiellement admises, seul un tiers des personnes interrogées considère ainsi qu'un jour viendra où tout le monde ou presque vivra en ville. Les Européens et les Nord-Américains sont les plus sceptiques sur cette évolution.
En revanche, 49 % des habitants d'Alexandrie, 44 % des habitants de Shanghai et de Pékin et 45 % de ceux de Mexico considèrent qu'à terme, ce principe deviendra réalité.

Les jeunes semblent plus conscients du phénomène : 47 % des 15-18 ans et 39 % des 19-24 ans estiment qu'à l'avenir, toute l'humanité habitera dans des villes, alors que seulement 30 % des plus de 35 ans partagent ce point de vue.

Ordre et désordres

Dans l'imaginaire des citadins,cette croissance démographique entraîne avant tout une densification des villes, et c'est en réalité cela qu'ils craignent le plus souvent. En témoigne cet habitant d'Alexandrie : « Si je pense à une image de la ville dans trente ans, je vois une foule de gens très entassés du fait du manque de place. »

Mais dans le même temps, la ville projetée devrait gagner en organisation, notamment du fait du développement jugé inéluctable des transports en commun, d'une gestion toujours plus rationalisée des équipements et des services. De ce point de vue, la confiance prédomine.

En revanche,les évolutions des conditions de vie individuelles ne sont pas anticipées avec autant de confiance. Les citadins expriment de fortes inquiétudes personnelles sur leur temps de travail,leur rapport au stress et la superficialité de leurs échanges.

On constate donc un décalage entre une ville dont on a le sentiment qu'elle parviendra à s'améliorer en tant que système collectif et, d'autre part, un « avenir pour soi » plus contrasté,avec en filigrane une interrogation : Vais-je parvenir à suivre le rythme de la ville de demain?

« C'est un schéma de perfection. Tout le monde est heureux. Il y a de la solidarité entre les gens, donc, pas de solitude, pas de pollution, pas de voitures.» Un Parisien

Vers une ville apaisée

La hiérarchisation des aspirations des citadins à long terme, notamment au sujet des générations futures, permet de discerner autour de quelles valeurs les enjeux de demain se structurent.

En premier lieu, la ville des générations futures devra être plus sûre. Une sécurité entendue en son sens premier - sécurité des biens et des personnes - mais qui va au-delà : une sécurité économique, voire sociale, qui fait écho à la pression qu'engendrent aujourd'hui pour les citadins le coût de la vie et dans une certaine mesure, l'anonymat de la grande ville.
Cette préoccupation est particulièrement importante pour les habitants de Berlin, Prague, Chicago, Tokyo et surtout Mexico (64 %).

Dans une moindre mesure, on souhaite cette ville également moins polluée, mieux desservie par les transports publics et moins stressante.

Le souhait d'une ville plus aérée arrive ensuite. Une exigence particulièrement forte chez les Parisiens et les Lyonnais (28 % et 35 %).

Enfin, la ville de demain devra être moins peuplée. Les villes chinoises étudiées se distinguent ici avec des taux de réponse sur ce critère deux fois supérieurs à la moyenne.

Changements prioritaires pour les générations futures

Question : À votre avis, pour donner envie aux générations futures de rester en ville, que faut-il changer en priorité ? Il faudrait que la ville dans laquelle vous vivez soit...

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(8 608 répondants)

Grandes ou petites : la question reste ouverte

Il n'y a en réalité pas de sentiment communément partagé sur la taille idéale de la ville de demain. Pour une petite moitié des personnes interrogées, la ville idéale devrait être de la même taille que celle dans laquelle ils vivent actuellement.
C'est le cas notamment d'une majorité des habitants de Paris, Lyon, Berlin, Prague, Chicago, Sydney et Tokyo.

Pour les autres, la taille actuelle de leur ville ne les convainc pas. Pour demain, ils souhaitent une ville plus petite ou plus grande, mais pas de statu quo.

Les plus jeunes se distinguent par le souhait d'une ville plus grande (27 % des moins de 35 ans), à mettre en relation avec leur appétence pour les rencontres, alors que leurs aînés, qui disent rechercher plus de tranquillité, opteraient plutôt pour une ville plus petite (40 % des plus de 35 ans).

« La ville de demain, c'est une ville où il y a du blanc, du vert, du transparent... C'est calme. »
Un habitant de Sydney

Ville idéale : la raison l'emporte sur la passion

La ville idéale est paradoxalement peu fantasmée. Elle semble plutôt reposer sur des souhaits pragmatiques et rationnels, combinant plusieurs dimensions.

La ville reste et doit rester pour ses habitants un lieu de production. Le dynamisme économique, étroitement associé à l'espace urbain, n'est à aucun moment remis en question.
Une dimension qui ne doit cependant pas être incompatible avec l'évolution de l'environnement urbain vers plus de clarté, d'espace et de nature ; moins de grisaille, de pollution et de bruit.

Cet environnement urbain, dans le portrait qu'en tracent les citadins interrogés, doit tendre à la fois vers le beau et l'écologique. Ils plébiscitent une recherche esthétique qui, au-delà du plaisir immédiat, doit contribuer à atténuer la sensation d'oppression en milieu urbain et l'intégration des normes environnementales dans les constructions, utilisant des matériaux toujours plus naturels : le bois, l'acier le verre...

Le bâti doit donc être mieux dessiné, plus écologique et plus fonctionnel, dans une perspective qui, en particulier pour les jeunes, doit viser plutôt la hauteur que l'étalement.

Sujet central, au coeur des modes de vie urbains et de l'enjeu environnemental, le trafic automobile est largement fustigé : pour beaucoup, les citadins souhaitent aller jusqu'à sa suppression.

La ville de demain doit également être une ville plus humaine, permettant une plus grande authenticité des rapports entre les habitants, pour devenir plus personnels,moins superficiels.
La densité technologique, en particulier les moyens nouveaux de communication et d'information, est attendue dans cette perspective comme devant être un facilitateur d'échanges, de relation, de contact... à condition qu'elle ne se traduise pas par une désincarnation. Voeu pieu ? Les citadins, comme s'ils voulaient s'en convaincre eux-mêmes, en appellent à une plus grande implication de chacun dans la vie de la cité, ses rapports sociaux, ses bonnes pratiques environnementales.
Un paradoxe pour les citadins qui, eux, se sentent si peu acteurs.