Un mur végétal contre la pollution

C'est beau, vert, écologique et précurseur, c'est le mur végétal anti-pollution du centre d'échanges de Lyon-Perrache. Pour diminuer la chaleur en ville, lutter contre les gaz à effet de serre, plusieurs scientifiques ont découvert il y a plusieurs années les propriétés bénéfiques... des espaces verts.
A défaut d'installer les villes à la campagne comme le proposait Alphonse Allais, pourquoi ne pas verdir les villes ? Les parcs et jardins traditionnels ne suffisant plus, les villes françaises s'inspirent de modèles déjà développés ailleurs depuis des décennies aux Pays-Bas par exemple, et Lyon fait figure de pionnière en France.

Sous l´impulsion de Gilles Buna, conseiller général sortant et adjoint au maire (Vert) chargé de l´urbanisme, la municipalité lyonnaise a mis au point un « plan vert », qualifié de « véritable stratégie pour rafraîchir la ville ».Les élus lyonnais ont pris conscience de la très forte demande, de la part des habitants, d´espaces verts et de lieux de promenade.Mais en dehors des berges du Rhône et de la Saône et de quelques parcs comme celui laissé vacant par la caserne Sergent Blandan, où trouver des mètres carrés disponibles pour verdir la ville ? Une étude vient de démontrer que près de 300 000 m2 de toitures et terrasses pourraient être « végétalisés ». Le réchauffement climatique est une réalité locale : la température moyenne a augmenté de 1,5 degré depuis 1922 sur le Grand Lyon. Sans compter les effets directs sur la région : vendanges précoces, baisse de 20% des précipitations cumulées, déplacements géographiques d'espèces...

Dans le même temps, le partenariat public/privé entre le Grand Lyon, la société Canevaflor et l'université de Savoie, a permis d'innover en proposant le premier mur dépolluant d'une surface de 400 m2, construit sur le centre d'échanges de Lyon-Perrache, et inauguré en 2007. Un site vaste choisi pour ses conditions spécifiques de pollution (gare des bus, autoroute, parkings), où l'efficacité d'il y a trente ans l'avait emporté sur l'esthétisme et les préoccupations environnementales.
« Concrètement, à l'intérieur du mur végétal, des petits tuyaux acheminent de l'air pompé dans le parking, qui est ensuite rejeté dans la terre, où les micro-organismes, comme les bactéries ou les champignons métabolisent l'air pollué » explique Marie-Pierre Achard, ingénieur chez Canevaflor, entreprise qui a réalisé le mur. « Le mur végétal est composé de dix-neuf espèces de plantes différentes, dont certaines sont particulièrement accumulatrices de métaux lourds, la cornus pour le cuivre, les stachys pour le nickel et les arabis pour le cadmium, le plomb et le cuivre ».
La communauté urbaine du Grand Lyon précise que l'installation de ce mur végétal a coûté 213 000 euros pour un coût d'entretien de 4 000 euros par an.

La terre qui sert de matériau de base est constituée d'un mélange issu de matériaux de provenance locale (perlite, fibre de coco, pouzzolane, écorces de pins). Ce mélange remplit une structure composée de cellules grillagées, en acier galvanisé 100% recyclable. Sa densité uniforme évite ainsi les ponts thermiques et phoniques. A l'intérieur, courent des conduites d'eau et d'air pour l'irrigation et la ventilation.
Dans le mur, un cheminement de conduites pulse l'air dans le substrat. Les particules polluantes et les gaz à effet de serre sont aspirés et fixés par la terre humide. Les polluants sont précipités et dégradés par des microorganismes (principalement des bactéries) et les résidus absorbés par les plantes. Le mur reste sec et sans odeur, une condition indispensable en milieu urbain.

Les vertus bio-filtrantes

Une étude expérimentale, réalisée en partenariat avec l'Université de Savoie, a permis de mettre en évidence une réduction d'environ 80% de la concentration atmosphérique des COV (benzène, toluène, ethylbenzène, xylène...). Le mur végétal est également actif vis-à-vis des polluants précurseurs de l'ozone tels que les NOX (oxydes d'azote).

Il a un double impact sur les oxydes d'azote :

  • grâce aux végétaux : ces gaz sont absorbés par la surface foliaire et rapidement éliminés dans les tissus végétaux, sans accumulation ;
  • grâce à la bio-filtration : une étude réalisée en 2005 en partenariat avec la Ville de Lyon a permis de mettre en évidence un effet significatif sur le dioxyde d'azote (environ 50% de réduction).

Les expérimentations réalisées chaque année sur le mur végétal du centre d'échanges permettront de confirmer les premiers résultats obtenus par cette étude et d'aller plus loin dans la compréhension des mécanismes de traitement. Ceci répond ainsi aux exigences de la directive européenne 2001/81/CE : faire baisser de 40% les dioxydes de souffre, les oxydes d'azotes et les COV d'ici 2010. En 2004, le mur végétal avait été présenté au salon Pollutec, puis une première expérimentation avait eu lieu à la mairie du 6ème.

Gilles Buna, adjoint au maire de Lyon chargé de l'urbanisme et du développement durable, explique : «Si l'on plantait les toits en terrasse du Grand Lyon, équivalent à trois parcs de la Tête d'or, nous retrouverions la température d'avant 1922. Soit 1,5 °C en moins je vous le rappelle.» On n'en est pas encore là, mais voir fleurir des murs et des toits végétaux dans les grandes villes est plutôt porteur d'espoir.

Origine et diversité des murs végétaux
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mur_v%C3%A9g%C3%A9talis%C3%A9

La société qui a conçu le mur végétal de Lyon et qui a d'autres projets en développement
www.canevaflor.com

Quelques images originales
sur images.google.fr

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