Los Angeles lutte contre la pénurie d'eau
Jungle urbaine crée de toute pièce, la ville de Los Angeles a crû et s'est développée dans l'anarchie des villes pionnières. Le fleuve qui donne son nom à la ville est encastrée dans le béton et L.A. est mondialement célèbre pour son smog, l'étendue démesurée de son réseau routier, ses ouragans et ses tremblements de terre.
Une présentation catastrophiste ? Non, puisque les autorités locales et fédérales l'ont tacitement reconnu avant de se lancer enfin dans des travaux d'ampleur pour restaurer la qualité et l'approvisionnement en eau et les conditions de vie des habitants de l'une des plus grandes mégalopoles mondiales.
L'approvisionnement en eau a toujours été une question cruciale pour les Angelinos. Deux aqueducs énormes ont contribué à dessécher les environs de la ville. Le cas du lac Owens est exemplaire : 85 ans de détournement pour alimenter la mégapole de Los Angeles ont transformé ses 300 km2 en cuvette désolée et poussiéreuse. « Pendant dix-huit ans la municipalité de la ville a esquivé ses responsabilités pour prendre les coûteuses mesures de réhabilitation en faveur des riverains et de l'environnement, explique le chercheur Moussa Elimane Sall. Au cours des élections pour le poste de gouverneur de Californie en novembre 1998, la question des besoins en eau de l'État fut qualifiée de « sujet explosif » puisque le candidat démocrate plaidait non seulement pour l'économie de l'eau plutôt que pour la construction de nouveaux barrages, mais il se proposait, en cas de victoire, d'abaisser les impôts des agriculteurs qui irrigueront au goutte à goutte ».
Le plan "protéger l'avenir de l'eau à Los Angeles" a été officiellement mis en œuvre cet été par le LADWP (Los Angeles Department of Water and Power) sous l'égide du maire Antonio Luis Villaraigosa qui s'est engagé personnellement : « Cette nouvelle directive doit changer nos habitudes et nos comportements dans la consommation de l'eau et nous faire prendre des mesures immédiates pour développer des sources d'approvisionnement alternatives ». Des initiatives immédiates sont dirigées vers les particuliers, car d'après les chiffres de l'administration fiscale, les foyers comptent pour 68% dans la consommation d'eau, devant les entreprises commerciales (17%), l'administration gouvernementale (7%) et les industriels (4%). On va par exemple leur offrir gratuitement de plus en plus de systèmes d'arrosage automatique intelligent. En revanche, les particuliers arrosant leur pelouse en dehors des heures prévues seront punis d'une amende, comme les restaurateurs servant de l'eau du robinet à des clients ne l'ayant pas demandé... Difficile à vérifier cela dit, mais le volontarisme californien se cache dans les détails. D'autant que la population de Los Angeles devrait croître de 500 000 personnes d'ici à 2030, d'après l'association des états de Californie du Sud.
Recréer le lac Owens
Réduire la consommation d'eau domestique est un premier axe, mais les autorités veulent aussi régénérer les sources habituelles d'approvisionnement, souvent amenuisées ou polluées. Ainsi, le projet de réhabilitation du lac Owens a été lancé pour redonner vie à ce bassin désert. Grâce à des pipelines, le lit du lac devrait être saturé d'eau, puis des plantes réimplantées pour favoriser l'écosystème. Autre sujet crucial, la régénération des nappes phréatiques. Une partie de l'eau de la Los Angeles River est détournée vers le Headworks Spreading Ground, un site permettant la percolation de l'eau de la rivière, ce qui devrait permettre l'assainissement des sols et des eaux souterraines. Des études pilotes ont démontré que ce projet pourrait diminuer la concentration de polluants de 93%. Des projets comparables ont déjà été entrepris dans d'autres parties de Los Angeles, notamment la East Valley. Le East Valley Water Recycling Project vise à transférer l'eau de la Tillman Plant sur deux sites à Van Nuys, afin de réapprovisionner le bassin San Fernando. L'eau percolera à travers cent à trois cents mètres dans le sol avant d'atteindre les aquifères, ce qui permettra de filtrer les polluants. Selon les estimations, 11.4 milliards de gallons ( un peu plus de 51 millions de m3) d'eau pourraient être générés ainsi, ce qui équivaut environ à la consommation annuelle de 70 000 foyers. Un projet piloté par le LADWP avec le département de la santé publique (California Department of Health Services) et la régie régionale de la qualité de l'eau (Regional Water Quality Board). Un budget de 10 millions de dollars a été attribué pour la réhabilitation du bassin souterrain de San Fernando, ce mode d'approvisionnement essentiel pour la ville a fourni pendant des années 30% des besoins en eau.
La coordination entre les différents services de la ville, de la région et de l'état fédéral, constituera le baromètre implacable de la réussite de ces projets et de tous les autres. Coordination qui a souvent fait défaut pour régler les problèmes environnementaux, sujets que la Californie semble vouloir enfin traiter de façon prioritaire.
Sur la politique de l'eau de la ville de Los Angeles
www.ladwp.com/ladwp/cms/ladwp001257.jsp
Un article du Boston Globe sur la stratégie du ladwp
www.boston.com/news/nation/articles/2008/07/31/la_utility_wary_of_californias_emissions_strategy/
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