Les tours de demain

La mode architecturale est à la tour si l'on se réfère à certains des projets proposés par le Grand Paris, ou aux dernières réalisations spectaculaires à travers le monde.
Le gratte-ciel Burj Dubaï, inauguré en octobre prochain atteint la hauteur record de 818 mètres, antenne comprise. Il détrônera donc officiellement Taipei 101, la tour de Taiwan et ses 508 mètres de hauteur.
En France, on n'on est pas encore à battre ce type de record. La Tour Signal de Jean Nouvel à la Défense devrait elle culminer à « seulement » 301 mètres. Et les habitants, chanceux, pourront ouvrir leurs fenêtres.

Le véritable enjeu des grands ensembles réside dans le difficile équilibre entre aménagement urbain en hauteur et développement durable. En cette période où les tours, à condition d'être « vertes », semblent être la meilleure solution urbaine, certaines voix discordantes se font entendre pour prôner le modèle de la tour dite « horizontale », c'est-à-dire de moins de 50 mètres de hauteur. Le débat ne risque pas d'être clos avant longtemps, tant les circonstances géographiques, topographiques et financières peuvent modifier radicalement les approches.
Si on dispose de mètres carrés à bas prix, la construction horizontale prévaut. Mais dans un environnement urbain dense et cher, la tour s'impose. Encore faut-il qu'elle respecte les nouvelles normes en vigueur (50kwh/m2/an) Grenelle de l'Environnement oblige.
Les experts arriveront-ils à résoudre cette quadrature du cercle ? Aujourd'hui personne n'a réussi de tour à si basse consommation. Tous les architectes remportant les grandes compétitions s'y engagent, mais les faits pourraient être têtus.

Il est donc clair les décisions du Grenelle de l'Environnement vont peser très lourds sur les constructions des futures tours en France. A partir de 2012, tous les bâtiments neufs devront obtenir le label « BBC-effinergie » qui fixe à 50kwh/ m2/ an la consommation d'énergie dite « primaire » pour le chauffage, la climatisation, l'eau chaude, l'éclairage. Limite qui peut atteindre 65kwh en fonction de la zone climatique. Et deuxième décision du Grenelle de l'environnement, en 2020, les bâtiments devront être à énergie positive, donc en produire. Voici donc les véritables enjeux pour les futurs tours si belles en maquette.

Les tours « vertes »

Le mouvement des « tours vertes » existe depuis au moins dix ans. La première, la Commerzbank Tower, a été érigée à Francfort en 1997. La Post Tower de Bonn livrée en 2002 affichait des performances encore plus fortes. Conçu en collaboration avec le bureau d'études thermiques allemand Transolar, elle affichait sur le papier d'excellents résultats de consommation électrique pour l'époque, avec 117 kwh/ m2/ an. Mais des mesures réalisées après la construction montraient que la consommation réelle était supérieure de 33% aux prévisions pour le chauffage et de 67% pour les consommations électriques.
De quoi faire réfléchir les auteurs des projets futurs.

La tour Signal par exemple, « elle sera performante sur le plan du développement durable », a assuré Jean Nouvel. Elle proposera quatre fonctions : logements, bureaux, un hôtel et des commerces et ne devrait pas dépasser le fameux seuil de consommation énergétique, grâce aux panneaux solaires, éoliennes et miroirs intégrés aux parois. Encore faudra-t-il le vérifier.

Ailleurs dans le monde, certains se sont lancés dans une course au gigantisme.
Après la Burj Dubaï, voici la Bionic Tower de Djeddah, en Arabie Saoudite. Elle devrait culminer à 1228 mètres, comporter 300 étages et abriter jusqu'à 300 000 personnes. Une véritable ville verticale conçue par deux architectes espagnols, Maria Rosa Cervera et Javier Pioz. Coût estimé : 15 milliards de dollars pour une livraison dans une quinzaine d'années. Dès 1936 dans une conférence à Rio, Le Corbusier avançait l'idée d'une tour de 2000 mètres à Paris. Et des Japonais ont travaillé eux sur un projet de tour de 4 kilomètres de hauteur... »The sky, the limit » trouve plus que jamais son sens.

La tour « horizontale »

En France, Axa a privilégié a contrario, la « tour horizontale » pour regrouper ses différents sites en région parisienne. La volonté d'un site à taille humaine, la proximité avec Paris et la recherche d'économies ont amené le groupe à choisir de construire à Nanterre (coût foncier moins élevé qu'à La Défense) un ensemble composé de trois blocs de huit niveaux. Dès lors que le prix lié au foncier est intéressant, la construction horizontale coûte moins chère qu'une tour. Pour essayer de creuser encore la recherche, la cité de l'architecture et du patrimoine organise depuis mai dernier une exposition sur le thème « habiter écologique, quelle architecture pour une ville durable ? », avec de nombreux experts qui viennent débattre par exemple sur « la tour, solution verte du futur ? ». Parmi les participants, au milieu d'autres architectes, l'inventeur de la tour « hypergreen », Jacques Ferrier, qui a déjà répondu à cette problématique pour l'industriel Lafarge. Dans le cadre du projet « Triangle » à la porte de Versailles à Paris, Bertrand Julien-Lafferière d'Unibail, société immobilière, a rappelé certaines évidences : « Si vous voulez faire des bâtiments extrêmement performants sur le plan énergétique, tout le monde sait qu'il faut les construire sur trois étages, les recouvrir de panneaux solaires et développer à l'horizontale des constructions en consommant énormément de terrain. Le vrai sujet est là. Mais veut-on tartiner l'Ile-de-France avec 30 kilomètres de bâtiments ? » La réponse est non, à moins d'avoir des transports en commun performants, puisque ce qui compte avant tout c'est l'empreinte écologique de chaque personne, sa consommation énergétique et ses émissions de gaz à effet de serre.

Le débat risque de se poursuivre encore longtemps, en attendant que les chercheurs inventent de nouveaux matériaux performants, que les usagers utilisent de nouveaux modes de transport « verts » et mieux organisés. Ou que les nouvelles tours des dix prochaines années prouvent dans les faits leur fiabilité environnementale.

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