Pittsburgh, nouvelle cité verte
« Je suis né à Pittsburgh, mais j'ai vu le soleil à Washington » était l'une des plaisanteries, grinçantes, des habitants de la cité de l'acier dans les années 70, bastion sidérurgique de l'après-guerre et de l'US Steel, géant de l'acier américain.
En 2008, Pittsburgh a pourtant été classée « ville la plus agréable à vivre » par le magazine The Economist, et deuxième « pour élever ses enfants » par Business Week, une autre publication. Les classements ne font pas forcément autorité, mais la ville qui a accueilli le G20 a échangé ses « gueules noires » contre les blouses blanches du « green business ». La Steel Tower, emblème de la sidérurgie surplombant l'Ohio River, abrite aujourd'hui les bureaux de The University of Pittsburgh Medical Center, conglomérat médical qui pèse 8 milliards de dollars et premier employeur de la région. Et Pittsburgh se place maintenant au 7e rang américain pour les constructions labellisées "vertes", avec 33 bâtiments.
Cette spectaculaire mutation économique et urbaine a pris vingt-cinq ans. Les hauts fourneaux fermés dans les années 80 ont entraîné un chômage massif, 20% à son maximum, et un exode des populations ouvrières. De 700 000 habitants dans les années cinquante, la ville est passée à 330 00 aujourd'hui, mais avec un taux de chômage plus bas qu'ailleurs aux Etats-Unis, 7,8% contre 9,7%. La santé, l'éducation et les industries vertes représentent 30% des emplois, contre seulement 2% aux industries lourdes. Même si le taux de pauvreté reste encore très élevé (20%), la ville espère profiter de l'essor des technologies vertes dans les prochaines années pour attirer encore plus de monde. Si Pittsburgh compte aujourd'hui plus de "cols verts" que la plupart des villes américaines de dimension comparable, certains doutent que l'essor des énergies renouvelables et du développement durable donne lieu à des créations d'emplois massives à brève échéance.
Pour Lester Lave, professeur d'économie au Green Design Institute de l'université Carnegie Mellon, pétrole et charbon ne seront pas détrônés de sitôt et les responsables politiques se montrent un peu trop enthousiastes à son goût. "On ne va pas être submergés par les emplois verts. Je pense que la grande majorité des emplois se créeront dans les activités connexes, où il y a de bons postes", dit-il. Une interrogation au cœur des préoccupations des nombreuses villes engagées dans le développement durable.
Dîner bio pour le G20
Parmi les bâtiments « verts », le Centre de Conférence David Lawrence qui a accueilli le G20. Les invités y ont mangé dans des couverts en plastique de maïs, souligne Mary Conturo, directrice du bâtiment construit en 2003 pour 350 millions de dollars. Et les chefs d'Etat ont eu droit à un dîner 100% bio également. Légumes cultivés localement et pains biologiques, eau filtrée, café équitable, nappe en coton recyclable. Ce premier dîner de travail offert par Barack Obama à ses hôtes eut lieu au milieu des plantes tropicales, sous le dôme en verre du Phillips Conservatory and Botanical Garden, un magnifique jardin botanique datant du XIXe siècle, rénové avec les technologies les plus modernes pour rendre ses serres économes en eau et en énergie. L'éclairage nocturne est d'origine éolienne, les sols en bambou, les murs nettoyés de tout produit chimique. Un symbole fort et une première, sans doute, pour certains des chefs d'Etat les plus puissants de la planète.
Autre symbole de cette renaissance de la cité de l'acier, le David L. Lawrence Convention Center, dessiné par l'architecte new-yorkais Rafael Viñoly (candidat à la reconstruction du World Trade Center). Sa tribune en dévers, traversée de haubans et de coursives, s'affirme comme un clin d'œil aux innombrables ponts, emblématiques de la ville. Édifié sur un terrain public, avec un important apport de la Fondation Heinz, le bâtiment a décroché dès son inauguration, en 2003, une homologation écolo : un Golden LEED (pour Leadership in Energy and Environmental Design). Principaux critères d'évaluation : la ventilation, l'éclairage naturel et le retraitement des eaux usées. La terrasse du deuxième étage s'enorgueillit d'un joli gazon synthétique en matières recyclées. Tandis que celle du troisième, offrant une vue magnifique sur le fleuve, affiche une fière collection d'art contemporain. Seul problème, l'accès en reste le plus souvent fermé, par mesure de sécurité. Les murs végétaux sont nés ici à Pittsburgh, où des potagers gagnent les toits d'immeubles et les start-up spécialisées dans l'environnement et le développement durable ont envahis les anciennes friches industrielles. Tout n'est pas rose dans la nouvelle ville verte, mais universités et laboratoires de recherche ont crée un vivier d'emplois compétents qui a attiré les grandes entreprises, comme Bayer, Westinghouse, Alcoa, sans oublier Heinz, marque du fameux ketchup, aussi célèbre ici qu'Andy Warhol, enfant de Pittsburgh.
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