L'essor des villes portuaires
Tout comme elle n'est pas une mer fermée, la Méditerranée est d'abord un vaste lieu d'échanges tous azimuts, plutôt qu'un ensemble économique ou culturel homogène.
Il est donc très difficile d'organiser un seul espace politique ou économique, régi par des règles communes, même si il s'agit de la volonté politique affirmée par l'Union Pour la Méditerranée (UPM), lancé il y a un an. Chaque zone urbaine côtière obéit à son propre intérêt. Fernand Braudel l'avait déjà bien exprimé : « La Méditerranée, c'est mille choses à la fois. Non pas un paysage, mais d'innombrables paysages. Non pas une mer, mais une succession de mers. Non pas une civilisation, mais plusieurs civilisations superposées... La Méditerranée est un carrefour antique ».
Elle reste plus que jamais un carrefour et ses villes portuaires doivent intégrer toujours plus de trafic et d'habitants. Et malgré la crise, certains ports de Méditerranée tirent leur épingle du jeu maritime.
L'Union pour la Méditerranée (UPM), est sans nul doute un beau projet, mais il faudra attendre des années avant d'en constater les effets concrets. Elle constitue une innovation par sa simple existence, surtout dans un contexte politique où rien n'est simple. Un an après son lancement, l'UPM reste en effet bloqué par la situation à Gaza et les tensions toujours très fortes entre Palestiniens et Israël. Les discussions se poursuivent, comme l'a montré en juin dernier la première réunion ministérielle sur le développement durable, pilotée par Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie et Rachid Mohammed Rachid, ministre du Commerce égyptien. Cette réunion portait sur des thèmes cruciaux comme la dépollution de la Méditerranée, les autoroutes de la mer, la lutte contre les catastrophes naturelles et le développement de l'énergie solaire. Mais les sommes nécessaires sont énormes : par exemple, les 44 projets liés à la dépollution de la mer nécessitent à eux seuls plus de 2 milliards d'euros. De la construction d'une usine de traitement des déchets à Alexandrie, à la réhabilitation des collecteurs d'eaux urbaines de Beyrouth, les sujets abondent. Et deux nouveaux objectifs viennent de s'ajouter: renforcer la coopération entre les entreprises et créer une université méditerranéenne... Mais avant d'entamer des travaux d'envergure pouvant recueillir l'adhésion du plus grand nombre, les politiques doivent d'abord tenter de régler la question palestinienne. Les financiers eux, se demandent comment tout cela va être payé.
Les « pragmatiques » travaillent déjà, depuis des années, sur des réalisations concrètes, en dehors des Etats, ou à côté, et souvent hors concertations politiques d'envergure, perçues comme trop lentes et bureaucratiques... « La Méditerranée n'est pas une entité économique unique et elle n'existe pas sur le plan politique, pointe Michel Péraldi, anthropologue et spécialiste des économies urbaines, elle est plutôt composée de « sub régions » qui commercent ensemble ».
Ce qui se dessine en effet, ce sont des ensembles régionaux, des communautés d'intérêts bien compris, surtout économiques. De grands ensembles urbanisés émergent, comme Istanbul, Naples ou Tanger, au détriment notamment du port français de Marseille de plus en plus relégué à un statut de ville administrative, dépassé par la concurrence.
La chute du Mur de Berlin a vu bondir le développement commercial d'Istanbul, qui accueille plus d'une centaine de nationalités, issue d'une zone géographique floue allant de la Kabylie à l'Oural, poussant même jusqu'au Xinjiang chinois. Tous se croisent et se mélangent dans cette mégalopole forte de 12 à 15 millions d'habitants (personne ne connaît le chiffre exact...) « Istanbul vit de son accrochage aux pays de l'ex-URSS, explique Michel Péraldi.
C'est sans doute aujourd'hui la plus grande métropole européenne avec Londres».
Tanger-Med, le nouveau port « global »
Autre ville vivant un développement exponentiel, Tanger, avec la création de TangerMed, sorti de terre ex nihilo. « Il n'y aura qu'un seul grand port commercial d'ici à 10 ans en Méditerranée, l'équivalent de Anvers-Rotterdam, avance Michel Péraldi, et ce sera certainement Tanger-Med. C'est le dernier construit, donc il profite des erreurs des autres. Et il occupe un emplacement stratégique, proche de la route de l'Atlantique et pas très loin du canal de Suez. Enfin, il a passé des accords avec Algésiras en Espagne, sur le modèle hollandais ».
À 15 km à l'est de la ville, TFZ (Tanger Free Zone) est un monde à part. Derrière un poste de douane, 353 sociétés y profitent de la main-d'œuvre bon marché, de relations avec l'administration réduites au strict minimum et d'exonérations fiscales pour produire des biens exportés sans avoir été taxés sur le sol marocain. Son directeur général, Jamal Mikou, s'excuse presque d'avoir devancé l'appel de Nicolas Sarkozy. «L'Union pour la Méditerranée est déjà une réalité pour nous», explique-t-il au Figaro. Certains ne s'y sont pas trompés, comme la CMA-CGM, société de transport maritime international, qui s'est offert un quai entier dans le nouveau complexe. Deux ans après son démarrage, ce port du détroit de Gibraltar a déjà dépassé Marseille pour le nombre de conteneurs manutentionnés. « Nous avons traité 1 million de conteneurs EVP l'an dernier et même si la crise ralentit notre croissance, nous anticipons une progression de 30 % en 2009 », explique au quotidien « Les Echos » Saïd Elhadi, le président du directoire de TMSA, l'agence qui gère Tanger Med. Se voulant plate-forme mondiale d'éclatement des marchandises, au carrefour des routes entre l'Europe, l'Asie, les Amériques et l'Afrique, Tanger Med est déjà desservi par 25 lignes régulières, et connecté à 70 ports de la planète. Et concrétise ainsi le projet d'autoroutes de la mer affiché par l'UPM.
Ici encore plus qu'ailleurs, l'enjeu écologique s'annonce crucial. Le port a reçu la certification Iso 9001, une première au Maroc. Et le pays s'est engagé sur le respect de l'environnement par l'adaptation de la ville à toutes les contraintes, qu'elles soient géologiques ou techniques : l'utilisation de transport et d'énergie propres, la réutilisation des eaux de pluie pour l'arrosage, l'offre de près d'une trentaine d'équipements selon les normes urbanistiques. Car le port (et sa future extension prévue pour 2014) se situe sur un site correspondant à une réserve de biosphère unique en son genre. L'Unesco lui a d'ailleurs octroyé le titre de réserve de biosphère intercontinentale de la Méditerranée. Cela implique quelques devoirs, surtout pour une vitrine de nombreux projets méditerranéens.
L'union pour la Méditerranée
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/europe_828/union-europeenne-monde_13399/relations-exterieures_853/union-pour-mediterranee_17975/union-pour-mediterranee-celebre-son-premier-anniversaire-13.07.09_74973.html
La dépollution en Méditerranée
http://www.afd.fr/jahia/Jahia/home/Qui-Sommes-Nous/Filiales-et-reseau/reseau/AFD_Tunisie/pid/374
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