Le Paris du futur
Le fameux concours du Grand Paris, avec ses dix visions de Paris en 2050, a déclenché un véritable engouement du public lors de l'exposition au Palais de Chaillot.
Lancé à la demande de Nicolas Sarkozy, quelle importance ces projets de métropole post-Kyoto ont-ils réellement accordés aux défis majeurs du 21ème siècle, transports, logements, écologie ? Si le consensus semble acquis sur plusieurs points, comme la mise en avant des énergies renouvelables, l'efficacité énergétique des bâtiments, la multiplication des espaces verts ou encore l'amélioration des transports en commun, les architectes ne leur ont pas tous accordé la même place.
Voilà donc les cinq projets les plus innovants et dotés d'une vraie vision à la fois prospective et durable. C'est, peut-être, parmi ceux-là que les grands concepts du Paris de l'avenir seront choisis.
Grumbach veut créer « Seine Métropole »
C'est un rêve de Napoléon « Paris, Rouen, Le Havre, une seule et même ville dont la Seine est la grande rue » (1802), qu'Antoine Grumbach et ses associés ont revisité pour leur vision du Grand Paris. « J'ai eu un rêve, raconte Antoine Grumbach, la vallée de la Seine devenait le cadre d'une grande métropole mondiale ou l'urbain et la nature seraient réconciliés... »
Cette équipe a proposé le concept le plus gigantesque en installant Paris comme le plus grand port d'Europe, fluvial et maritime. Développer massivement ses connexions avec le reste du monde reste pour Grumbach le seul moyen d'entrer réellement dans l'après-Kyoto. Cela permettra de soulager le trafic des poids lourds en utilisant le Havre comme point d'entrée des marchandises, transformant la Seine en une véritable « autoroute » fluviale. Une autoroute bordée de vert car il est prévu d'étendre les parcs naturels tout au long du fleuve, grâce à un parc « ville nature » permettant de relier Paris à la mer sans discontinuer.
Agence Jean Nouvel : plus de tours, plus de logements
C'était l'un des projets les plus attendus et il ne laisse personne indifférent. La vision de Paris que nous offrent Jean Nouvel et son atelier reste fidèle au style de l'architecte, grandiose et majestueux : Paris prend de la hauteur !
Ce concept défend d'abord le logement et l'utilisation massive des énergies renouvelables. Il fait une large place à de grandes tours nouvelles, mais aussi à des bâtiments redessinés, comme cette Tour Montparnasse dotée d'une coiffe dorée. Le zoning des bâtiments est levé, permettant ainsi l'implantation de logements sur des lieux jusque-là non exploités et à de nouvelles hauteurs. Aux espaces verts existants s'ajoutent de nouveaux créés notamment sur les toits rénovés. On pourra admirer un Grand Paris immergé dans le végétal.
Christian de Portzamparc : La métropole n'est plus la ville
Le projet de Christian de Portzamparc ne veut pas être un plan fixe et autoritaire, mais livre une série d'axes et de propositions principalement liée aux transports, clé de la métropole de demain : « La métropole internationale est une tête qui émet et reçoit du monde entier. Elle est un noeud dans un réseau, elle fait système et n'existerait pas seule » explique l'architecte.
Pour améliorer les liaisons inter-banlieues, vaste sujet depuis trente ans, Portzamparc propose de fusionner les gares de l'Est et du Nord pour former une grande gare Nord-Europe située à Aubervilliers. Les gares deviennent des forums modernes, regroupant toujours plus de services et commerces, à la façon des gares japonaises. L'autre idée forte du projet consiste à construire un monorail aérien rapide, l'Annulaire, au-dessus du périphérique pour faciliter les transports intra-régionaux.
Le groupe Descartes : La forêt contre le réchauffement
Trois idées fortes sont proposées ici. Diviser la région en une vingtaine de communes de 500 000 habitants, pour rapprocher les hommes. Diminuer les temps de transports, un vœu pieux partagé par tous...
Descartes propose quelques idées concrètes, comme de ralentir et de taxer le trafic routier... pour ramener le temps de transport moyen en Ile de France à une demi-heure. Pas simple, mais assez nouveau. Troisième idée, développer la forêt en Ile-de-France (et passer de 20% à 30% de la surface totale) permettrait de faire baisser la température de 2°, d'après une simulation réalisée avec le concours de Météo France. Pour cela il faut reconvertir une partie des terres agricoles en forêts, mais aussi créer plusieurs « agroparcs » en bordure de villes pour « réduire la fracture entre citadins et agriculteurs ».
MRDV : Un Paris plus dense et plus respectueux
« Et si Paris devenait la ville la plus compacte au monde (Le Cube) ? »
L'approche de ce collectif néerlandais joue la provocation. Puisqu'il est difficile de gérer un « Grand Paris », avec tous ses problèmes de transports et d'inégalités, il faut le densifier. Ils proposent donc de le « compresser » dans un diamètre de 30 km pour atteindre une meilleure efficacité. Là aussi on rend constructibles certaines zones afin d'absorber les besoins de logements. MRVD utilise de façon massive les toits pour des panneaux solaires et installe des parcs éoliens et des générateurs utilisant la Seine. Paris prend donc de la hauteur. Pas sûr que cette vision toute nordique séduise les Parisiens...
Même avec la volonté affichée d'associer des urbanistes et des sociologues ce concours reste celui d'architectes, aussi talentueux soient-ils. Mais la problématique de la gouvernance politique n'est pratiquement pas abordée, sans doute à dessein. Or c'est dans le cadre institutionnel que devra s'organiser le futur Grand Paris. Le choix de l'équipe gagnante devrait avoir lieu avant la fin de l'année.
Consulter le numéro spécial d'amc, le Moniteur architecture, entièrement consacré à la consultation internationale sur le Grand Paris et présentant l'ensemble des projets.
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